Les jeux psychologiques

Les Jeux Psychologiques en Analyse Transactionnelle

La formule J permet de décrire le déroulement de séquences de messages entre deux personnes de façon chronologique :

  • on identifie d’abord l’invitation de la personne qui initie le jeu,
  • puis le point faible de la personne qui saisit cette invitation.
  • le Jeu débute de cette façon puis continue sur une escalade (un ensemble d’échanges verbaux et non verbaux)
  • ces échanges aboutissent à un Switch (un « coup de théâtre », un moment où « tout bascule »)
  • puis le bénéfice final consiste en un renforcement de croyances négatives, on le repère par une sensation émotionnelle négative.

Ex d’accroche à partir d’une Victime :

V. : J’ai peur de parler à mon propriétaire !

Réponse d’un S. qui accepte l’invitation : Je vais parler pour vous, ce n’est pas votre faute si vous êtes timide.

Réponse d’un P. qui accepte l’invitation : Ce n’est pourtant pas bien compliqué, faites-vous violence enfin !

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Au cours de leurs recherches durant les « sessions du mardi », à l’époque où l’AT était encore en « construction » dans le milieu des années 60, l’un des disciples de Berne, Steve Karpman, un médecin psychiatre américain, a créé le triangle dramatique. Cette version des Jeux Psychologiques est devenue tellement populaire qu’on en trouve une incroyable déclinaison de descriptions sur internet. C’est également par cette approche-là que l’AT est le plus souvent abordée en France.

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Stephen Karpman

Très récemment (2017), Karpman a publié un livre qu’il qualifie ne pas être un livre d’AT mais dans lequel toutefois, il raconte comment ont abouties ses recherches sur ce triangle et comment il s’articule avec tous les concepts de l’AT. Il décrit comment il est utilisable en thérapies individuelle mais également lors de thérapies de couple, afin de mieux comprendre les enjeux et les modes relationnels. Il donne également les pistes pour en sortir.

Pourquoi parle-t-il de triangle ?

Car selon Karpman, il y aurait 3 rôles dans lesquels nous sommes investis lorsque nous avons une communication dysfonctionnelle (voire toxique) avec les autres : le rôle de Sauveur, le rôle de Persécuteur et le rôle de Victime.

Il décrit alors comment, lors d’une invitation ou d’un point faible nous débutons par un rôle, puis comment au moment du Switch nous changeons de rôle.

Le rôle de Victime est endossé par une personne qui se déclare incapable de faire quelque chose et de gérer ce qu’elle a à gérer seule. La Victime confond donc la vulnérabilité et l’incapacité et a des besoins dont elle n’a jamais parlé. Elle va de ce fait engager ou accrocher des types de Jeux que Berne nomme « Pauvre de moi » par ex.

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Les 3 rôles des Jeux

Le rôle de Persécuteur est endossé par des personnes qui ont besoin qu’on les craignent (ils peuvent s’être construits auprès de personnes très envahissantes qu’ils avaient besoin de mettre à distance par ex) et dont le bénéfice final est souvent de renforcer une croyance selon laquelle les choses ne peuvent avancer sans l’usage de l’agressivité voire de la violence.

Une personne qui joue le rôle de Sauveur offrira de l’aide sans avoir les moyens de l’apporter ou sans y avoir été invitée. Car le sauveur veut qu’on lui soit reconnaissant. Son bénéfice final est souvent de confirmer la croyance selon laquelle « les gens sont égoistes et ingrats ».

Karpman rappelle bien entendu que le Persécuteur, le Sauveur et la Victime ne sont pas des personnes ! Ce ne sont que des rôles que les gens endossent dans des suites d’échanges (ce que l’AT appelle des transactions). Ces échanges se font de façon le plus souvent inconsciente et derrière ces rôles on trouve souvent de bonnes intentions sur le plan conscient.

L’un des apports de ce livre vient pour moi du fait que selon Karpman, nous ne jouons pas qu’un seul rôle à la fois. Nous jouons en fait toujours les trois rôles en même temps. Dans chaque intervention que nous faisons face à quelqu’un dans un Jeu Psychologique, il y a toujours un peu de P, de S et de V. Simplement, l’un des rôles est plus prégnant que les autres : c’est le rôle social (celui qui se perçoit par les autres autour de nous).

Pourquoi le triangle qui décrit ces jeux est-il appelé dramatique ?

Car il prend pour sujet les relations dysfonctionnelles qui ne se terminent pas bien. Il faut ici rappeler que les Jeux Psychologiques en AT sont une façon de structurer le temps. C’est à dire qu’il s’agit d’une façon d’entrer en relation avec d’autres personnes (ce qui est un besoin humain) et donc d’obtenir des signes de reconnaissances. Mais cela est fait d’une manière « maladroite ».

Selon Karpman, les jeux ne finissent toutefois pas tous dans le drame. Ils peuvent en effet être arrêtés avant leur fin dramatique et cela signifie de le faire avant que les protagonistes n’aient eu le temps de changer de rôle dans le triangle.

Comment s’y prendre pour en sortir ?

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L’approche selon laquelle nous jouons tous les rôles en même temps devient ici la base pour un nouveau triangle vertueux : le triangle compassionnel. Ce triangle, selon Karpman, permet de sortir de la crise. Pour lui, cette vision des choses a le mérite de rendre les gens plus tolérants vis-à-vis des autres et d’eux-mêmes. Le principe est d’accepter que chacun dans le triangle soit au moins 10 % Victime, Persécuteur et Sauveur.

Prenons l’exemple d’un(e) patron qui harcèle son/sa secrétaire quand elle fait des erreurs. Ce(tte) patron(e) se présente comme le Persécuteur, mais il y a possiblement au moins 10 % de Sauveur dans sa démarche avec l’intention de sauver son/sa secrétaire, son travail ou de l’aider à développer de nouvelles compétences. Et n’est-il pas au moins 10 % Victime des erreurs de ce(tte) dernièr(e) ?

Cela implique pour Karpman qu’il y a toujours au moins 3 points de vue à chaque histoire. Cela signifie donc que dans chacun de ces rôles, il existe des intentions positives à hauteur de 10 % au moins !

A partir de ces prises de conscience, il devient donc possible de modifier nos interactions. Plutôt que de réagir instinctivement aux messages de l’autre, nous pouvons prendre en compte ses intentions positives (remercier, reconnaître les efforts fournis) et dans le même temps, prendre en compte nos propres agissements en s’excusant.

Sur une modalité différente que ne le fait la CNV (l’approche de la Communication Non-Violente de Marshall Rosenberg), nous obtenons des échanges amenant les mêmes effets : prendre en compte les besoins de l’autre (en les reconnaissant notamment) et les nôtres propres. Or, cela, c’est sortir des Jeux Psychologiques qui, eux, ne nous permettent pas de répondre à nos besoins.

Les liens des triangles avec l’Analyse Transactionnelle

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Bien que Karpman précise que son ouvrage ne soit pas un livre d’Analyse Transactionnelle, il relit cependant le triangle dramatique à toutes les notions de l’AT : du racket (qui est pour lui un triangle interne et non plus social), du scénario (qui est pour lui un Jeu Psychologique de décisions), du mini-scénario de Khaler (qui associe les rôles S, P et V aux DriversInjonctions et Rackets), et bien entendu du concept également bien connu des Etats du Moi (si l’on peut identifier l’État du Moi actif au moment du Jeu, Karpman explique que l’analyse qu’on peut en faire sera plus fine).

Il présente également en Annexe de son livre les séminaires TA 202 de Berne (les fameuses « sessions du mardi ») et la façon dont ses membres brainstormaient autour de l’AT pour développer ses concepts chaque semaine. Karpman nous rappelle aussi que Berne avait un rêve en créant l’AT qui était de guérir le patient en une seule séance grâce à l’analyse du scénario et des Jeux Psychologiques. Berne serait donc le grand-père des thérapies brèves. Je trouve cette idée très intéressante car, l’AT étant à la base une thèse de psychanalyse « ratée », on oublie parfois sa dimension également proche d’autres pratiques psychologiques plus comportementales.

Dans son livre, Karpman propose également une dimension très scientifique à son modèle (le triangle de Darwin) en faisant l’hypothèse d’une visée biologique de son triangle. Il pose même la question à des physiciens : « existe-t-il aussi un système d’énergie triangulaire en physique qui pourrait s’ajouter au modèle dual dominant ou le remplacer ? ». Un physicien de mon entourage m’a répondu que « l’on pourrait éventuellement dire qu’il y a un « triangle d’énergie » en physique : il y a l’énergie potentielle, l’énergie cinétique, et l’énergie de masse. Ces énergies se transforment les unes dans les autres ».

Je suis bien trop peu qualifiée en physique pour pouvoir apprécier cette remarque. Mais j’ai été très intriguée par cet abord des choses qui a l’avantage à mon sens de lancer un appel à la recherche en AT. Il rejoint ici Bill Cornell qui semblait lui aussi faire un appel à contribution sur la recherche en AT lors de l’interview qu’il m’a accordée (recherche autour de la sexualité pour sa part : pour voir l’interview de Bill Cornell) et bien sûr Mark Widdowson (Universitaire anglais à Manchester et chercheur en AT) lors de son intervention inspirante au Congrès de novembre 2018 à Lyon.

A retenir

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Après la lecture du livre de Karpman, pour sortir des Jeux, on se rappellera alors que :

  • la Victime n’est pas aussi impuissante qu’il y paraît,
  • le Sauveur n’aide pas réellement,
  • le Persécuteur n’a pas de raisons valables de se plaindre

Et la question à se poser lors d’échanges conflictuels sera finalement : quelles sont les autres façons de voir ça ?

Pas toujours très accessible selon moi, ce livre de Karpman pourra toutefois se révéler intéressant pour les personnes pratiquants déjà l’AT. Il fait en effet le pont entre tous les concepts développés dans les cours 101 et 202 et cela permet d’apprécier la largeur du champs d’application de l’approche. Il permet également l’utilisation du triangle compassionnel moins souvent enseigné et qui donne des clés de résolution des conflits relationnels complémentaires de la CNV.

Vous pouvez trouver le livre de Karpman ici.