5 livres de psychologie passionnants

Le 1 septembre 2019 par Catherine Tardella

Voici des livres qui m'ont beaucoup apporté dans ma pratique professionnelle mais aussi dans ma vie personnelle. Ce ne sont pas des romans. Ce ne sont pas des livres de développement personnel. Ce sont des livres qui ouvrent sur la compréhension des phénomènes psychologiques.

Ces livres ne sont peut-être pas ceux auxquels vous vous attendez car ce ne sont pas des livres techniques. Pour au moins l’un d’entre eux, il ne s’agit même pas d’un livre explicitement orienté psychologie.

Voyons si je peux vous communiquer mon enthousiasme à les lire…

L’attachement, un instinct oublié d’Yvane Wiart

Ce livre traite de la théorie de l’attachement développée dans les années 70 par Bowlby. Cette théorie explique pourquoi nous avons besoin d’être en lien les uns avec les autres et ce que cela nous fait émotionnellement et corporellement. Elle précise également les différentes façons dont nous dosons la proximité et la distance dans notre relation aux autres.

Il existe plein de choses sur le sujet car avec le développement de l’intérêt pour les sujets autour des VEO (violence éducatives ordinaires) et de la parentalité bienveillante, cette théorie est devenue plus connue. Je vous conseille d’ailleurs les très chouettes sites de Bougribouillons et Papa positive si ces thèmes de l’éducation et de la parentalité vous intéressent. Le livre de Catherine Gueguen est également très détaillé et éclairant.

Mais lorsque l’on n’est pas professionnel de la psychologie ou pas spécialement versé dans le développement personnel, certains ouvrages qui traitent de la théorie de l’attachement peuvent paraître bien ardus. Ce n’est pas du tout le cas du livre d’Yvane Wiart qui est clair, abordable et récent. Il est concret aussi. Paru en 2011, le livre présente l’histoire de la théorie et l’illustre par des applications et questionnements bien contemporains. Comment cette théorie se traduit-elle dans les relations de couple par ex ? Dans la relation des parents avec leurs enfants ? Dans les liens d’amitié ? Sommes nous capables d’être proches ? Avons nous besoin de distance avec les autres ?

C’est fluide, relativement court (317 pages) et ça éclaire bien sur nos façons d’être en relation avec notre entourage.

Vous pouvez le trouver par exemple ici.

Le jour où je me suis pris pour Stendhal

Ce livre raconte comment s’est développée chez Philippe Cado la sensation qu’il était Stendhal, alors qu’il était enseignant. Il décrit la façon dont il incarnait de personnage devant ses élèves et détaille comment cette idée qui ne lui paraissait ni farfelue, ni irréelle, mais plutôt tout à fait logique a pris forme. C’est l’histoire de ce processus que nous dévoile l’auteur. Ecrit comme un journal de bord qui débute par sa 2è bouffée délirante, le livre est touchant, humain et jamais désespérant. Il traite de la schizophrénie de l’intérieur. C’est presque un roman dans lequel Philippe Cado décrit la découverte de sa maladie en parlant au “je”.

Si j’aime beaucoup ce livre c’est qu’il permet une approche de la maladie psychique en dehors de toute discrimination ou rejet. On ressent l’étrangeté de la situation, sa difficulté parfois tout en même temps que sa normalité car on ne se sent pas si différent que ça de l’auteur. C’est une écriture qui permet même de se demander : et nous, comment aurions-nous réagi dans ces mêmes situations ?

Le récit nous permet une empathie particulière et des questionnements personnels qui ne sont pas toujours rendus possibles lorsqu’ils sont élaborés par le biais du diagnostic et de la symptomatologie. Ce n’est donc pas ici une étude de la schizophrénie, c’est une immersion dans la schizophrénie. Un voyage dans un monde inconnu et trop souvent marginalisé que nous propose Philippe Cado.

A trouver ici.

Comment on dit dans ta langue ?

Voici un manuel d’ethnopsychiatrie, ce domaine de la psychologie qui traite du contexte culturel dans l’approche de la pathologie. L’ethnopsychiatrie rappelle qu’on ne peut pas accompagner de la même façon une personne qui croit par exemple à la fin de la conscience après la mort et une personne qui croit au dialogue avec les morts. La vision du monde n’est effectivement pas la même dans tous les milieux culturels. Et si on ne les prend pas en compte lors du traitement en psychologie, le travail ne se fait pas.

L’ethnopsychiatrie étudie donc l’univers de chaque patient et élabore des approches adaptées en conséquence. Elle prend en compte des éléments de chamanismes, de sorcellerie si besoin et de tout autre élément culturel présent dans la construction de la personnalité.

Si j’aime particulièrement ce livre, c’est parce-qu’au delà de la présentation d’une approche de la psychologie culturelle pas toujours bien connue du grand public, il nous rappelle que nous nous construisons essentiellement sur des croyances. Des croyances à la fois sur nous-même (parfois très négatives malheureusement), sur les autres et sur le monde. Ces croyances que l’Analyse Transactionnelle intègre dans son étude du scenario.

L’ethnopsychiatrie nous rappelle finalement qu’il est important pour bien vivre ensemble de mieux appréhender nos certitudes. Car elles ne sont en fait que des constructions personnelles et culturelles, mais rarement universelles. Même le DSM (manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux très utilisé en diagnoistique psychiatrique), aussi universel se veut-il, ne détient pourtant pas la vérité sur les pathologies psys. Il représente une approche occidentale de la pathologie, basée sur des interprétations des recherches scientifiques. Comme le dirait probablement Yuval Noah Harari (que je vous présente ensuite), il est donc constitué en partie de croyances. A minima de convictions. Mais pas de vérités.

Changer notre perceptions sur notre mode de penser et nos axiomes culturels n’est pas toujours facile, car les certitudes nous aident parfois à tenir debout en constituant des repères dans des environnements éventuellement très instables. Mais l’approche de ce livre par le biais de cas cliniques très concrets aide bien à appréhender notre vision du monde autrement, tout en ne nous déboussolant pas. Il nous rend peut-être un peu plus tolérant. Et pour les professionnel, il aide à être suffisamment proche des patients, quels que soient leur mode de penser.

A trouver ici par exemple.

Une vie pour être soi

Ce livre est une sorte d’autobiographie du psychothérapeute américain Bill Cornell. Il raconte ici des moments de sa vie de psy. Et de quelques uns de ses moments personnels qui ont une influence sur sa pratique.

Ce livre est fantastique en ce qu’il immerge le lecteur dans la tête d’un psychothérapeute. Mais loin de se présenter comme “le psy parfait, sans faille et sans questionnements”, Bill Cornell se découvre tout à la fois vulnérable, ébranlable et dans le même temps, et peut-être grâce à cela, si puissant sur le plan thérapeutique.

Ce livre est très intéressant pour les non-professionnels de la psychologie car il montre que le psy n’est pas, et est très loin en vérité, d’être froid et distant. Et à l’instar des essais et romans d’Irvin Yalom, je crois que ce livre peut aider les personnes qui ont des difficultés dans leur vie mais ont peur de consulter à oser franchir la porte d’un cabinet de psy car le psy y parait plus humain.

Mais ce livre est également très précieux pour les professionnels de la psychologie car il montre combien nos émotions, notre vulnérabilité, si nous les acceptons dans notre cabinet, peuvent être un merveilleux vecteur de travail thérapeutique pour le patient. Bill nous montre comment il gère, et parfois même partage, ses ressentis et ce qu’il imagine être des erreurs, pour aider et accompagner ses patients. C’est osé et très émouvant. ça rejoint ce qu’Harold Searles décrit dans son livre Le contre-transfert (que je ne vais pas détailler ici malgré le fait que je l’adore, car il est beaucoup plus technique et surtout destiné aux psys).

A trouver là.

Sapiens

Ce livre tente le défi fou de traiter de l’évolution de l’humanité et de la construction des civilisations du Big Bang à nos jours ! Et ce de manière pédagogique. C’est un pari réussi selon moi.

Vous allez peut-être me demander ce que ce livre fait là. Car a priori il ne se présente absolument pas comme un livre de psychologie. Cet ouvrage conséquent de l’historien Noah Harari est pourtant un merveilleux terreau de réflexion et de remise en cause des croyances.

L’écriture est très fluide et abordable pour des profanes. Et lorsque je dis profanes, je ne parle pas que de psychologie. Car ce livre est truffé de domaines et concepts tous plus érudits les uns que les autres : il nous parle d’histoire, de politique, de biologie, de psychologie, de philosophie, de civilisation, de religions, de fémininsme, d’économie, d’éthique et de science. Tout cela dans un langage de vulgarisation que je trouve particulièrement intelligent sans jamais paraître survoler les sujets.

Bien entendu, Noah Harari a lui aussi ses croyances, qu’il expose de façon parfois très directe.

La recherche scientifique ne peut prospérer qu’en alliance avec une idéologie ou une religion qui va décider de ce que la science ne peut décider : quelles recherches scientifiques privilégier et que faire des nouvelles découvertes. Car seule l’idéologie justifie les coûts de la recherche.

J’aime cette façon de partager sa perception des choses qui nous met en réflexion et surtout, j’apprécie sa manière de montrer comment nos croyances collectives se construisent. Puis de proposer des façons de faire et de penser dans certains chapitres mais aussi dans ses livres suivants (Homo Deus et XXI leçons pour le XXè siècle).

Ce livre m’a considérablement aidée à prendre du recul sur mes connaissances professionnelles car il m’a rappelé que ce que je crois savoir n’est jamais que le résultat d’une construction sociale, culturelle et psychologique d’une certaine civilisation à un moment donné de l’Histoire. Les avis, les façons de voir et de raisonner bougent avec le temps et les lieux d’exercice. Celles que j’adopte aujourd’hui sont en grande partie des hypothèses et des indices de travail.

Cette vision des choses m’a orientée vers une pratique de moins en moins diagnostique et évaluative. J’ai de moins en moins besoin de chercher à savoir si une personne a une pathologie, un symptôme ou une caractéristique pour l’accompagner. Et sur un plan plus personnel, j’accepte mieux également mes pensées et idées comme des croyances et non des vérités, cela sans me sentir déstabilisée. Je trouve même petit à petit que cela est plus confortable car cela me permet de mieux m’adapter aux autres sans me perdre moi-même (patients mais aussi amis).

Sans aucun doute, le meilleur livre “de psychologie” que j’ai lu ces dernières années !

A lire ici.

Un dernier pour la route : Thérapie existentielle

Si je ne vous le présente pas dans le TOP 5, c’est parce-que je ne l’ai pas encore lu. Mais je ne doute pas un instant que j’adorerais ce livre comme j’ai aimé tous les livres d’Irvin Yalom que j’ai lus.

Ce psy américain travaillait (il a plus de 80 ans aujourd’hui) avec une approche très humaniste qu’il expose dans ses essais et que l’on retrouve bien dans ces différents romans (Le problème Spinoza, Mensonge sur le divan, La méthode Schopenhauer par exemple).

De même que Bill Cornell et Harold Searles, Yalom utilise sa sensibilité et ce que certains appelleraient ses “imperfections” pour être un bon psy. Loin de la vision neutre du psy de la psychanalyse freudienne, ces auteurs se veulent chaleureux, touchés par leurs patients et parfois transmetteurs de leurs propres expériences émotionnelles ou de vie.

Thérapie existentielle n’est cependant probablement pas le livre par lequel découvrir Irvin Yalom si l’on n’est pas professionnel de la psychothérapie. Je pourrai vous en dire plus une fois terminé. Mais si vous ne connaissez pas l’auteur, alors plongez-vous dans Mensonges sur le divan. Ce roman est un vivier fantastiques de réflexions sur le métier de psy, que l’on soit praticien ou patient.

J’ai présenté ici des livres que je n’ai pas encore présentés sur le blog.

Si vous en voulez plus, vous pouvez donc également aller consulter mes résumés de ces autres livres sur mon site : L’intelligence érotique d’Esther Perel, Psychothérapie des traumatismes complexes d’Olivier Piedfort-Marin et Luise Reddeman, Le triangle dramatique de Stephen Karpman et Les renoncements nécessaires de Judith Viorst.

Avez-vous déjà lu certains de ces livres ? Vous ont-ils plu ? Quels sont vos livres de psychologie préférés ?

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