Le traitement des traumatismes

Le 28 janvier 2019 par Catherine Tardella

L’imagination n’est pas destinée qu’au jeu. Elle peut aussi aider à soulager les conséquences d’événements tout à faits réels.

Définir le traumatisme

J’entends parfois des patients dire qu’ils ne comprennent pas pourquoi des difficultés émotionnelles arrivent dans leur vie car ils pensent n’avoir rien vécu de « grave« . Autrement dit, de traumatique. Il ne savent pas toujours que la définition du traumatisme n’implique pas seulement les expériences terribles et particulièrement intenses émotionnellement et corporellement qui surviennent parfois dans la vie. En effet, le traumatisme concerne également tout un tas de « petits » événements qui, répétés dans le temps, ont la même conséquence sur le fonctionnement cérébral et psychique qu’un événement unique très difficile. Ils peuvent même marquer plus encore qu’un traumatisme dit « simple » et générer des modifications à la fois dans le comportement et dans la personnalité.

Analyse transactionnelle EMDR

Ces traumatismes-là sont nommés traumatismes complexes et concernent par exemple des cas d’abus d’autorité ou de manques de liens affectifs dans le passé auxquels on ne pense pas toujours d’emblée lorsqu’on recherche des traumatismes dans sa vie.

Pour donner une idée plus précise de ce que sont les traumatismes, dans cette vidéo très pédagogique, le psychiatre de la chaîne CommPsy, explique leurs conséquences sur les personnes qui les vivent et donne des exemples de ce dont il s’agit :

Des points communs avec l’Analyse Transactionnelle

Très récemment, un nouveau livre abordant le traitement des traumatismes complexes a particulièrement attiré mon attention. Pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre alors qu’un certain nombre d’ouvrage existe déjà sur le sujet ?

Car il se trouve à la croisée des deux théories avec lesquelles je travaille essentiellement : l’EMDR et l’Analyse Transactionnelle.

Si le lien avec l’EMDR peut rapidement se faire lorsque l’on parle des traumatismes complexes (puisque c’est une méthode de traitement des traumatismes, pour en savoir plus vous pouvez consulter ma présentation de l’EMDR), il peut sembler moins évident d’y trouver un lien avec l’Analyse Transactionnelle.

Eric Berne

Et pourtant, dans leur livre, le psychologue Olivier Piedfort-Marin et la psychiatre Luise Reddeman décrivent une approche imaginative (PPIT) basée sur la théorie des états du moi, une théorie qui a également inspirée Eric Berne, le créateur de l’Analyse Transactionnelle ! Cette théorie est issue des travaux de Paul Federn, un médecin et psychanalyste américain, à l’origine proche de Freud et décédé en 1950. Elle a par la suite été travaillée par les époux Watkins. Pour eux, les états du moi représentent différentes « facettes » de notre personnalité ayant chacune des comportements, des émotions et des pensées structurées. Ces « facettes » ont des frontières plus ou moins perméables et poreuses et peuvent donc entrer en contact les unes avec les autres plus ou moins facilement.

Il s’agit donc bien jusque-là des mêmes états du moi que ceux décris par Berne dans Analyse Transactionnelle et psychothérapie : » Le terme « état du moi » veut simplement désigner les différents états d’esprit et les modèles de comportement qui y correspondent, tels qu’ils se présentent à l’observation« . Mais là où Eric Berne ne décrit que trois états du moi (qui représentent d’ailleurs le logo de l’Analyse Transactionnelle), l’approche PPIT considère qu’il en existe une infinité.

EMDR

C’est sur ces bases théoriques que Luise Reddeman a finalement développé l’approche dite PITT en allemand, ce qui signifie en français : psychothérapie psychodynamique intégrative des traumatismes complexes. Une approche qui se situe en amont d’un travail d’EMDR, comme une préparation à la confrontation aux traumatismes.

Intérêt de l’approche PPIT

Dans son utilisation ici, Luise Reddeman explique que les états du moi vont permettre d’apprendre au patient à s’autoconsoler. De cette façon, le travail de thérapie ne peut avoir pour conséquence à long terme une dépendance au psy. On cherche avec cette pratique un développement des capacités d’autoguérison du patient en en passant par l’imagination. On retrouve dans cette approche l’intérêt pour l’autonomie des patients également chère à Eric Berne.

Dans les deux théories on considère qu’il est important de développer l’état du moi adulte. On l’écrit avec une majuscule en Analyse Transactionnelle car il ne s’agit pas de l’adulte au sens biologique du terme ou d’une période de la vie. Il s’agit ici d’une partie de la personnalité ancrée dans le présent, ici et maintenant et qui n’est pas totalement déterminée par les événements du passé (notre histoire), des volontés sociales ou des figures d’autorité (globalement, ce que les autres attendent de nous).

Ce travail de renforcement de l’état du moi adulte permet une augmentation des capacités de résilience (c’est à dire la capacité à se reconstruire) et rend plus facile le fait de reparler ou de revisualiser les traumatismes au moment des les traiter en thérapie (avec EMDR par exemple) où d’y faire face dans la vie de tous les jours.

Analyse Transactionnelle

Comment utilise-t-on l’imagination ?

Dans ce travail avec les états du moi, on va donc se servir de notre créativité pour imaginer des lieux, des personnages ou encore des situations n’ayant pas nécessairement existé. Ces éléments vont nous aider au moment de contacter nos états du moi souffrants qui ont besoin d’être consolés et mis en sécurité. Cela peut donc paraitre original, éventuellement bizarre lorsque l’on n’est pas habitué à ce type de travail, mais souvent très intéressant ! Les travaux de psychologie cognitivenous apprennent en effet que le traitement des informations imaginaires utilise les mêmes circuits neuronaux que les éléments réels, les mêmes zones du cerveau sont activées. On peut donc créer des situations sécurisantes qui génèrent un apaisement important.

Ces éléments imaginaires positifs renforcent alors nos capacités d’auto-guérison et donc d’autonomie face à nos difficultés. C’est d’ailleurs ce que se proposent également de faire certains exercices de méditation pleine conscience. On trouve aussi cette utilisation de l’imaginaire dans l’art-thérapie.

C’est donc un travail axé sur le renforcement de ressources déjà existantes chez le patient et la création de nouvelles ressources en lui. Cette perspective d’un travail qui passe également par un travail sur ce qui fonctionne bien et pas seulement sur ce qui ne va pas, est très intéressante. Elle permet d’accéder de façon relativement douce à de nouvelles pensées et croyances aidantes telles que « je peux me défendre », « je peux agir », qui ont des conséquences sur nos comportements.

L’imaginaire en psychothérapie

Le livre d’Olivier Piedfort-Marin et Luise Reddeman est finalement destiné à des professionnels de la psychothérapie. Toutefois, à travers cet article, je trouvais intéressant d’en donner une idée même à des non-professionnels car il montre bien que la psychothérapie est aussi source de créativité et de positif, ce qui n’est pas toujours l’idée que l’on s’en fait.

Décrit comme un livre de psychotraumatologie, ce livre me semble néanmoins pouvoir concerner aussi les collègues non spécialisés dans ce domaine. En effet, les notions qui y sont développées restent utilisables par des types d’approches très différentes.

Très intéressée par ce travail de développement de l’imaginaire dans ma pratique, je suis en train de me former auprès des auteurs à PPIT. Pour ceux que ça intéresse, ça se passe à Lausanne en Suisse, à l’Institut Roman de Psychotraumatologie.

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