Les besoins de reconnaissance

Le 14 septembre 2019 par Catherine Tardella

J'entends souvent des patients me parler de leur besoin ou de leur manque de reconnaissance dans telle ou telle situation. Mais de quel besoin et quel manque parlent-ils vraiment ?

Ils ne savent en effet pas toujours de quoi il retourne précisément. Il faut dire que ce n’est pas si simple. Le besoin de reconnaissance peut recouvrir des tas de situations particulières et ne pas répondre pour tout le monde à la même chose.

Alors, le plus souvent, ils cherchent de la reconnaissance de façon globale.

Ils tentent de se faire apprécier en rendant service aux autres.

Ils tentent de briller en réussissant professionnellement ou dans des activités où ils seraient bons.

Ils se comparent pour pouvoir se dire qu’ils ne s’en sortent pas si mal.

Bien entendu, toutes ces actions ne sont pas nécessairement conscientes. La recherche de reconnaissance peut se faire de manière presque réflexe tant elle est ancrée dans les besoins humains.

Par conséquent d’ailleurs, elle ne concerne pas que les patients que je rencontre, mais bien sûr, elle me concerne également.

Dans la pyramide des besoins élaborée par Maslow, on voit bien que le besoin de reconnaissance se retrouve à différent niveau, au moins sur les trois derniers.

(image : https://365-jeux-en-famille.com/education-papa-dit-oui-maman-dit-non/)

Cette recherche de reconnaissance globale fonctionne parfois, et d’autres fois on obtient quelque chose mais ça ne nous satisfait pas tant que ça… C’est à ce moment-là qu’il peut être intéressant de se poser la question plus avant : qu’est-ce que je recherche exactement ? De quel type de reconnaissance est-ce que j’ai besoin précisément dans ma vie et que je n’ai pas ? Une reconnaissance des autres ? De moi-même (estime de soi) ? Ai-je besoin de refuser des strokes négatifs (lorsque je suis critiqué(e) et que je me dévalorise avec le jugement des autres sur moi) ?

En Analyse Transactionnelle, on utilise ce qu’on appelle l’économie des strokes (terme anglais qui désigne les signes de reconnaissance) pour répondre à ces questions.
Cette économie (la manière dont on gère les strokes) à été développée par Claude Steiner et peut se matérialiser sous la forme d’un tableau.


Ce tableau qui se trouve dans le diagnostic AT (une trame de diagnostic du fonctionnement de la personnalité par le prisme des concepts d’Analyse Transactionnelle) de Jean Wilmotte permet d’avoir rapidement une idée de ce qu’il se passe pour nous : est-ce que je sais donner des strokes positifs ? Oui, alors je coche la case. Elle se présente sur 2 niveaux, je peux donc préciser si c’est quelque-chose que je sais très bien faire ou un tout petit peu seulement.

Est-ce que je sais recevoir des strokes négatifs ? Non, alors je ne coche pas. Etc… On peut voir petit à petit les endroits où des cases ne sont pas remplies. On a alors une meilleure idée de ce qu’on peut avoir à travailler et/ou à modifier pour se sentir mieux en se demandant : quels types j’aimerais augmenter.

Steiner explique que dans la plupart des cas, nous limitons nos échanges de strokes pour confirmer nos idées anciennes d’enfant, forgées par l’éducation que nous avons reçue et les événements que nous avons vécus. L’idée est pour lui de pouvoir réévaluer nos schémas d’échanges de strokes pour les modifier si nous le voulons.

Une fois que nous avons identifié les cases que nous souhaitons intensifier, alors nous pouvons imaginer et noter trois comportements nouveaux à adopter pour les mettre en oeuvre. Par exemple, si je veux augmenter ma capacité à donner des strokes positifs conditionnels, je peux décider d’écrire à trois ami pour lui dire mon amitié.

Si je veux augmenter ma capacité à recevoir des strokes positifs conditionnels, je peux demander à un ami de me donner trois qualités qu’il pense que j’ai.

Si je veux augmenter ma capacité à refuser des strokes négatifs, je peux noter deux reproches que l’on m’a fait récemment et avec lesquels je ne suis pas d’accord. Éventuellement, je peux aussi le verbaliser à l’autre (et j’augmente alors ma capacité à donner des strokes négatifs conditionnels !). Etc…

J’utilise régulièrement ce tableau dans les thérapies de couple, car il permet de faire un état des lieux : on se rend compte des strokes qu’on a déjà (on ne peut pas ne pas avoir) et ceux qui nous manquent dans la relation. C’est parfois très révélateurs pour les partenaires qui constatent que ce qu’ils pensent donner par exemple, n’est pas du tout reçu comme ils l’imaginaient.

L’utilisation de ce tableau ouvre donc souvent la porte à des échanges sur ce que l’on appelle le cadre de référence de chacun : la manière dont nous voyons le monde et qui peut être très différente d’une personne à l’autre, même lorsque l’on est en couple. En prendre conscience par le biais par exemple de nos économies des strokes respectives, peut faire bouger les lignes.

L’économie des strokes recense donc cinq types de strokes (ça vaut donc le coup d’affiner sa recherche !), chacun dans une valence positive et une valence négative. C’est ce qu’on peut voir sur le tableau de Wilmotte.

Mais elle “dit” aussi que nous pourrions avoir deux tableaux différents. Un pour y mettre les strokes inconditionnels (qui sont liés à la personne elle même -> je t’aime/je ne t’aime pas) et un pour les strokes conditionnels (plutôt liés aux actes ou à des choses plus précises de la personne –> dans ce cas particulier là).

On peut donc donner des signes de reconnaissance, mais aussi en recevoir (beaucoup plus compliqué qu’on le pense souvent…), en demander (régulièrement difficile…), en refuser (pas toujours simple non plus) et S’EN donner à soi-même (relativement en carence chez les personnes en début de thérapie), à la fois en positif et en négatifs, à la fois en conditionnel et inconditionnel. Cela donne un grand nombre de combinaisons possibles !

PAR EXEMPLE : je sais donner des signes de reconnaissance positifs inconditionnels (”je t’aime quoi que tu fasses”) mais je ne sais pas bien recevoir des signes de reconnaissance conditionnels (”ce que tu as fais était super chouette” –> ici, difficulté pour moi à simplement remercier, comme si je ne méritais pas le stroke par exemple. Il m’arrive donc de me justifier : “oh, mais tu sais, ce n’était pas si compliqué”).

Je peux aussi avoir des difficultés à demander des strokes positifs conditionnels (“penses tu que ma façon de faire ici est bonne ?”) mais facilement refuser des strokes négatifs inconditionnels (ne pas donner de crédit à quelqu’un qui me dirait “tu es nulle !”).

Steiner a écrit un conte pour enfant au sujet de l’Economie des strokes. Les signes de reconnaissance sont appelé les chaudouxdoux et il raconte ce qu’ils se passe quand ils viennent à manquer et comment faire pour en retrouver… ! C’est très mignon et ça permet une première approche des modes relationnels qu’on met en place dans nos vies.

Alors, et vous, quels sont vos strokes les plus faciles ? Et les plus difficiles ? 🙂

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